Critique

Les Affranchis

Titre original : GoodFellas

IMDb 8.7 / 10
Allociné 5.0 / 5
Rotten T. 96%
Critique
Affiche de Les Affranchis

Les Affranchis

GoodFellas, sorti en 1990, suit Henry Hill dans son apprentissage, son triomphe grimaçant puis sa décomposition sous les ordres d’un milieu mafieux que Martin Scorsese filme comme une fête perpétuelle de la brutalité bien coiffée. Robert De Niro, Ray Liotta et Joe Pesci forment un trio d’une évidence telle qu’on comprend pourquoi le film s’est installé au panthéon. C’est justement là que l’on peut commencer à l’attaquer. Liotta joue l’emballement avec une efficacité presque trop parfaite, comme s’il s’agissait moins d’un homme qui se perd que d’un baromètre nerveux réglé par un ingénieur. De Niro recycle avec majesté sa menace froide, admirable mais déjà familière après Taxi Driver ou Raging Bull. Quant à Pesci, il est si conscient de fabriquer une créature de légende qu’il finit parfois par jouer la postérité avant de jouer la scène.

Scorsese, dont Mean Streets respirait encore l’accident, transforme ici chaque mouvement en chorégraphie souveraine. Le fameux plan-séquence du Copacabana est brillant, mais d’une brillance qui confond facilement ivresse morale et adresse technique. Le film dit qu’il expose un monde toxique, mais il le lustre avec tant d’amour qu’il ressemble par moments à un catalogue de décadence haut de gamme.

Le rapprochement historique se prête d’ailleurs à une petite moquerie. En 1990, l’Allemagne se réunifie réellement : des frontières tombent, un ordre ancien se recompose, l’histoire avance lourdement. GoodFellas, lui, prétend parler du réel tout en transformant ses gangsters en mobilier de luxe mobile. Le monde se redessinait ; Scorsese peaufinait les reflets sur les chaussures vernies de ses caïds.

On admire donc, bien sûr. Mais on admire comme on admire une machine trop bien huilée : avec respect, parfois avec fatigue. Ce n’est pas que le film soit vide ; c’est qu’il laisse de moins en moins de place à l’air.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un faux salami consacré par un prêtre improvisé aurait circulé sur le plateau, et personne n’acceptait de débuter une prise sans l’avoir effleuré du front.