Critique

Les Temps modernes

Titre original : Modern Times

IMDb 8.6 / 10
Allociné 4.6 / 5
Rotten T. 100%
Critique
Affiche de Les Temps modernes

Les Temps modernes

Les Temps modernes, en 1936, montre Charlot happé par la machine industrielle, avalé par les cadences, les engrenages et l’organisation du travail moderne. Charlie Chaplin y fait tout ou presque : réalisation, écriture, interprétation, musique. Rien de plus agaçant pour l’esprit de contradiction qu’un génie total. Or il faut tout de même admettre que le film tire parfois sa propre grandeur vers la démonstration. Chaplin danse avec l’aliénation comme personne ; il la rend lisible, graphique, brillante. Mais justement, cette maîtrise incomparable transforme la critique sociale en numéro d’horlogerie poétique. Le désastre du monde se met à marcher au rythme exact du pas de Charlot.

Paulette Goddard apporte une vivacité superbe, mais le film préfère souvent les figures aux êtres, l’allégorie au chaos, le symbole au désordre concret. Chaplin n’a pas tort, évidemment ; il a surtout déjà raison à l’avance, et cette avance ressemble parfois à une autorité.

Le lien historique passe ici par la question de la mise en scène du pouvoir. 1936, c’est aussi l’année des Jeux olympiques de Berlin, où un régime transforme l’apparat, le corps et l’organisation en vitrine politique. Chaplin, dans un autre registre, filme lui aussi un monde avalé par la mise en ordre. La différence est immense moralement, bien sûr ; elle est néanmoins intéressante esthétiquement : dans les deux cas, la mécanique devient spectacle. La sienne, heureusement, a le bon goût de faire rire en grinçant.

Le film reste magnifique, mais sa réputation de chef-d’œuvre social universel le protège trop. On n’ose plus dire qu’il est aussi extraordinairement contrôlé, presque satisfait de sa propre intelligence visuelle. Il critique la machine en devenant lui-même un mécanisme parfait.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un engrenage de décor aurait exigé une augmentation en affirmant qu’il portait “l’intégralité de l’angoisse industrielle du deuxième acte” et ne pouvait plus continuer au tarif figurant.