Critique
Titre original : The Iron Giant
Le Géant de fer
Le Géant de fer, en 1999, fait tomber un robot colossal dans l’Amérique paranoïaque des années 1950 et le relie à un enfant solitaire qui va devoir lui apprendre, ce qui est beaucoup demander à un garçon, à ne pas devenir une arme. Brad Bird dirige les voix de Eli Marienthal, Jennifer Aniston, Harry Connick Jr., Vin Diesel et Christopher McDonald avec une sensibilité qui a transformé le film en talisman pour tous les cinéphiles persuadés d’avoir meilleur cœur que les autres. Eli Marienthal est excellent, d’une franchise qui ne force jamais ; Bird, avant Les Indestructibles et Ratatouille, sait déjà comment emballer une fable politique dans une mécanique de larmes presque infaillible.
1999, année du Kosovo, des bombardements de l’OTAN et d’un climat de fin de siècle saturé de discours sur l’ingérence, l’arme juste et la violence propre. Le Géant de fer arrive là, mine de rien, comme un pamphlet très poli contre l’automatisme militaire et la logique du projectile. C’est une vraie qualité. C’est aussi ce qui rend le film légèrement trop irréprochable : sa morale est tellement juste qu’elle se protège presque toute seule de la contradiction.
Le film est beau, sobre, intelligent. Mais il sait trop bien à quel moment le robot doit être tendre, à quel moment l’enfance doit parler vrai, à quel moment le spectateur doit sentir sa gorge se serrer. Bird maîtrise admirablement le récit. Il le maîtrise au point de faire parfois ressembler la tristesse à une technologie narrative aussi bien huilée que le géant lui-même.
🎬 Le saviez-vous ?
une vis de maquette aurait exigé une pause syndicale après avoir affirmé qu’elle “portait seule la cohérence morale du colosse sur son filetage”.