Minority Report
Minority Report, en 2002, fait de Tom Cruise un policier du futur poursuivi par le système prédictif même qu’il servait, dans un Washington où la surveillance, l’anticipation et le crime virtuel se confondent. Steven Spielberg y dirige aussi Samantha Morton, Colin Farrell, Max von Sydow et Neal McDonough avec une maîtrise plastique impressionnante. Tom Cruise y joue la panique contrôlée avec son efficacité habituelle ; Samantha Morton, comme souvent, apporte une étrangeté plus durable que le film lui-même ; Spielberg, après A.I., transforme Philip K. Dick en thriller de luxe hautement fonctionnel. Le problème, comme souvent chez lui, est que cette fonctionnalité devient une valeur morale : tout doit être lisible, spectaculaire et intelligent à la fois.
Le film sort l’année qui suit immédiatement le 11 septembre, alors que les États-Unis basculent dans une nouvelle ère de sécurité préventive, de suspicion et d’obsession pour l’attaque avant l’attaque. Minority Report bénéficie donc d’un timing idéal. Il pense très bien son moment, ou du moins le stylise admirablement. Mais cette adéquation parfaite le protège peut-être un peu trop : on voit la clairvoyance du concept et l’on discute moins la manière dont Spielberg transforme la paranoïa en attraction de studio remarquablement bien huilée.
Le film est brillant, inventif, rythmé. Il est aussi un peu trop fier de son intelligence. À force de tout mettre en orbite dans un système de course, de vision et de transparence, il fait de la surveillance une aventure presque séduisante. On en sort stimulé, ce qui est peut-être la plus élégante façon de neutraliser l’angoisse.
🎬 Le saviez-vous ?
un gant de manipulation holographique aurait été retiré des répétitions après avoir “tenté d’arrêter trois crimes scénaristiques avant leur validation officielle”.