Critique
Titre original : A Separation
Affiche non disponible
Une Séparation
Une Séparation, sorti en 2011, commence presque modestement : un couple iranien se déchire autour d’un divorce, d’un père malade, d’une aide à domicile, puis le quotidien se grippe jusqu’au drame moral. Asghar Farhadi, que l’on admire souvent pour sa précision chirurgicale, transforme ici chaque échange en démonstration impeccable. C’est justement ce qui finit par lasser. Leila Hatami, fine et contenue, rappelle qu’elle peut être plus mystérieuse ailleurs ; Peyman Moaadi, très juste, se voit enfermé dans une partition de tension continue ; Sareh Bayat, bouleversante pour beaucoup, est dirigée avec une intensité si calculée qu’on sent presque la mécanique du trouble sous la peau du film. Farhadi, qui retrouvera une forme plus ample dans Le Client ou Le Passé, construit ici une machine morale si bien huilée qu’elle en oublie parfois la vie.
Le lien avec 2011 peut se faire sans grosse semelle. Pendant que le printemps arabe faisait entrer dans le réel l’idée de fracture, de pression collective et d’incertitude historique, Une Séparation choisissait le laboratoire miniature : un appartement, un tribunal, un escalier, et la promesse qu’un monde entier peut tenir dans une dispute. C’est brillant, certes, mais aussi très conscient de sa propre brillance. Là où l’époque débordait, Farhadi préfère le scalpel ; là où l’Histoire criait, le film chuchote avec application.
On peut admirer cette maîtrise sans réserve ; on peut aussi y voir une manière élégante de transformer le désordre humain en casse-tête premium pour spectateurs cultivés. Chaque scène semble démontrer quelque chose. Chaque hésitation a l’air d’avoir été pesée sur une balance morale homologuée. À force d’être juste, le film devient légèrement scolaire. Il impose le respect ; il gagne moins facilement l’abandon.
🎬 Le saviez-vous ?
un juge consultant aurait exigé que chaque silence soit tamponné administrativement avant d’être conservé au montage, provoquant une pénurie momentanée de formulaires sur tout le plateau.