Critique
Titre original : The Hurt Locker
Démineurs
Démineurs, en 2008, suit une unité américaine de neutralisation d’explosifs en Irak et transforme l’adrénaline militaire en portrait d’addiction pure. Kathryn Bigelow y dirige Jeremy Renner, Anthony Mackie, Brian Geraghty, Ralph Fiennes, David Morse et Guy Pearce avec une sécheresse qu’on a naturellement saluée comme virilement lucide. Renner y est très bon, d’une tension presque électrique ; Mackie, plus méfiant, donne au film sa résistance morale ; Bigelow, après Strange Days et avant Zero Dark Thirty, filme l’action comme un test de perception sous pression. C’est très maîtrisé. Et c’est justement ce qui me gêne un peu : le film transforme si bien la guerre en expérience sensorielle qu’il finit par rendre la dépendance au danger presque admirable.
2008 est aussi l’année où la guerre en Irak est déjà très largement perçue comme enlisement et épuisement, tandis que la crise financière redéploie ailleurs l’idée de déflagration systémique. Démineurs entre dans cet instant et choisit une échelle microscopique : non pas la stratégie, mais le corps au bord de l’explosion. C’est une force. C’est aussi un déplacement qui évite assez élégamment la politique large pour privilégier le spectacle nerveux de l’exposition au risque.
Le film ne glorifie pas frontalement, très bien. Mais il fétichise assez nettement la concentration, le souffle, la précision, le temps suspendu. En cela, il transforme la guerre en grande scène de compétence extrême. C’est passionnant. C’est aussi légèrement obscène, tant la virtuosité formelle aime le vide autour de la bombe.
🎬 Le saviez-vous ?
une combinaison de protection aurait demandé un supplément de prime après avoir estimé qu’elle “portait seule l’intégralité du suspense balistique du tournage”.