Critique
Titre original : Howl's Moving Castle
Le Château ambulant
Le Château ambulant, en 2004, fait tourner une maison mécanique sur pattes de poulet au milieu d’une guerre absurde, d’une malédiction de vieillissement et d’un magicien aussi séduisant qu’inconséquent. Hayao Miyazaki y dirige les voix japonaises de Chieko Baishô, Takuya Kimura, Akihiro Miwa et Tatsuya Gashûin dans une fable que l’on traite souvent comme un pur enchantement antimilitariste. C’est oublier que Miyazaki, lorsqu’il empile trop de grâce, finit aussi par diluer la netteté de ses idées dans une vapeur visuelle presque trop confortable. Sophie est un personnage splendide sur le papier, mais le film la promène parfois d’un prodige à l’autre avec une douceur si continue qu’on en oublie sa rugosité. Quant à Hauru, il ressemble exactement à ce que Miyazaki sait le mieux dessiner : un caprice magnifique, donc un peu trop aimé par son propre créateur.
2004 est aussi l’année où la guerre d’Irak s’enlise, où les mensonges d’État et l’esthétique des “interventions” commencent à sentir le métal froid. Le Château ambulant vient répondre à cela par un antimilitarisme de conte, élégant, flottant, traversé de fumées et de bâtiments mouvants. C’est une belle réponse, bien sûr. C’est aussi une manière très délicate de transformer la guerre en matériau poétique. Le réel, lui, n’avait ni ce raffinement ni cette musique.
Le film fascine par son foisonnement, mais ce foisonnement finit parfois par ressembler à un droit d’échapper à la précision. Miyazaki préfère souvent l’image sublime au frottement net de ses contradictions. On admire les portes, les chaudières, le ciel, le désordre merveilleux. On aimerait parfois que le film choisisse moins l’enchantement généralisé et davantage la morsure.
🎬 Le saviez-vous ?
une maquette de marchepied du château aurait demandé une prime de pénibilité après avoir soutenu qu’elle “portait seule l’intégralité du vertige architectural du film”.