Before Sunset
Before Sunset, en 2004, retrouve Jesse et Céline neuf ans après Before Sunrise, le temps d’une promenade parisienne où la conversation doit faire tenir à elle seule le regret, la séduction, la rancune et l’idée d’une vie possible ou manquée. Richard Linklater dirige Ethan Hawke et Julie Delpy avec cette apparente simplicité qui fait immédiatement lever les bras des amateurs de “cinéma pur”. Hawke y est remarquablement à l’aise dans sa fatigue séduisante ; Delpy, plus mobile, plus mordante, empêche le film de se dissoudre dans le simple charme. Linklater, pourtant, sait trop bien ce qu’il tient : deux acteurs brillants, une ville favorable et l’idée flatteuse que parler intelligemment suffit à faire cinéma.
L’année 2004 est aussi celle de l’élargissement massif de l’Union européenne à dix nouveaux pays. Avant même d’être un contexte géopolitique, c’est un climat d’ouverture, de circulation, de frontières assouplies, de mobilité romantique pour classes cultivées. Before Sunset baigne totalement dans ce moment-là : Paris y devient une chambre d’écho idéale pour des êtres qui ont le luxe de transformer leur désarroi sentimental en marche philosophique. C’est beau. C’est aussi un peu socialement immunisé.
Ce qui me gêne dans le culte du film, c’est son évidence trop parfaite. Tout y est juste, souple, élégant, et cette justesse devient presque intimidante. On a parfois l’impression que l’amour adulte est surtout une question de timing de répliques et de qualité de lumière sur la Seine. C’est une vision séduisante, mais très bien coiffée de la mélancolie.
🎬 Le saviez-vous ?
un bateau-mouche de fond aurait demandé son retrait du cadre après avoir estimé “qu’il ajoutait trop de romantisme logistique à une conversation déjà sursolvabilisée en nostalgie”.