Critique
Titre original : The Insider
Révélations
Révélations, en 1999, transforme l’industrie du tabac, le journalisme télévisé et la parole d’un lanceur d’alerte en thriller moral presque plus nerveux que certains films de gangsters. Michael Mann y dirige Russell Crowe, Al Pacino, Christopher Plummer et Diane Venora avec une gravité très bien habillée. Crowe y est remarquable, épais, inquiet, admirablement comprimé ; Pacino, lui, fait du producteur télé un bloc de conviction à l’ancienne, ce qui lui va très bien. Mann, après Heat, filme ici la guerre de l’information avec la même fièvre professionnelle qu’un braquage. C’est brillant. C’est aussi une manière très mannienne de rendre le système terriblement photogénique jusque dans sa corruption.
1999, c’est l’année des inquiétudes de fin de siècle, du bug de l’an 2000 et d’une montée très visible de la défiance envers les grandes structures techniques et industrielles. Révélations profite de cette ambiance pour raconter non seulement un scandale, mais une atmosphère : celle d’un monde où la vérité doit se battre contre l’organisation même des institutions. Très bien. Mais le film en devient parfois si habile dans sa noblesse du dévoilement qu’il ressemble à une publicité très haut de gamme pour la conscience civique.
On respecte l’écriture, la densité, les performances. On peut aussi sentir à quel point Mann transforme le stress professionnel en élégance morale, au risque de produire un film où le courage a presque trop bonne allure. Le réel de l’industrie du mensonge y gagne un traitement si majestueux qu’il en devient légèrement plus séduisant qu’il ne devrait.
🎬 Le saviez-vous ?
une cigarette de décor aurait été détruite après avoir demandé “un droit de réponse pour l’ensemble des objets injustement diabolisés par la dramaturgie”.