Critique
Titre original : Midnight in Paris
Minuit à Paris
Minuit à Paris, en 2011, prend un écrivain américain en crise, l’envoie toutes les nuits dans le Paris des années 1920 et transforme la nostalgie culturelle en promenade assistée par Hemingway, Fitzgerald, Gertrude Stein et Dalí. Woody Allen y dirige Owen Wilson, Rachel McAdams, Marion Cotillard, Kathy Bates, Adrien Brody et Michael Sheen avec une légèreté si évidemment séduisante qu’elle a presque désarmé toute critique. Owen Wilson y fonctionne comme un Woody Allen apaisé au soleil, ce qui est un petit tour de magie plus malin qu’on ne l’admet ; Cotillard apporte une grâce parfaitement muséale. Allen, après Match Point et Vicky Cristina Barcelona, sait exactement comment vendre le fantasme d’un passé plus spirituel que le présent. Il le vend même un peu trop bien.
2011 est aussi l’année où les printemps arabes, Occupy et d’autres mouvements contestataires rappellent brutalement que l’époque n’a rien d’une carte postale mélancolique. Minuit à Paris, lui, choisit de répondre au contemporain par la douceur d’un passé de génies en costume crème. Le contraste n’est pas un crime ; il dit simplement ce que le film est : une fuite luxueuse dans une histoire littéraire transformée en parc de conversation brillant.
Le charme est immense, évidemment. C’est bien là le problème. Allen rend la nostalgie si confortable qu’elle cesse d’être un défaut pour devenir un service touristique. Même sa critique de la nostalgie est elle-même nostalgique, ce qui est astucieux et légèrement irritant. On sort de là convaincu qu’aimer le passé est une faute adorablement intelligente.
🎬 Le saviez-vous ?
une Peugeot ancienne de location aurait refusé de démarrer tant qu’on ne lui fournissait pas “un itinéraire plus respectueux de l’ego posthume des avant-gardes parisiennes”.