Critique

La Garçonnière

Titre original : The Apartment

IMDb 8.3 / 10
Allociné 3.9 / 5
Rotten T. 93%
Critique
Affiche de La Garçonnière

La Garçonnière

La Garçonnière, en 1960, fait du prêt d’appartement pour adultères un levier de carrière, puis un piège moral et sentimental pour un employé joué par Jack Lemmon face à Shirley MacLaine et Fred MacMurray. Billy Wilder y déploie son art du mélange amer avec une précision qui a rendu le film quasiment intouchable. Lemmon y est merveilleux, c’est entendu, dans la gentillesse humiliée ; MacLaine apporte au film une tristesse plus moderne, plus flottante ; Wilder, après Some Like It Hot et avant Irma la Douce, sait comme personne transformer le cynisme en élégance. C’est admirable. C’est aussi une démonstration tellement brillante de l’alliage entre noirceur et charme qu’on finit par admirer l’alliage plus que la blessure.

1960 est aussi l’année des premiers grands sit-in du mouvement des droits civiques aux États-Unis, moment où les espaces ordinaires — comptoirs, bureaux, lieux de passage — deviennent des terrains de lutte concrète. La Garçonnière travaille, à sa façon plus intime, le même type de géographie morale : l’espace urbain, l’entreprise, le logement ne sont plus neutres. Très bien. Mais Wilder polit tant ses lieux et ses dialogues qu’il transforme l’aliénation de bureau en mécanique chic. L’oppression y porte un chapeau bien repassé.

Le film reste délicieux, cruel, intelligent. Il est aussi si parfaitement composé qu’il donne parfois l’impression qu’aucune amertume n’échappe au système de récompense du bon mot. On est touché, évidemment. On est aussi un peu trop content de l’être dans d’aussi bonnes conditions.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

une clé d’appartement de rechange aurait demandé un supplément de cachet après avoir “estimé son rôle central dans la délinquance sentimentale du capitalisme tardif”.