Ida
Ida, en 2013, regarde une jeune novice découvrir ses origines juives dans la Pologne des années 1960, à travers un noir et blanc ascétique, des cadres bas et des silences hautement festivalisables. Paweł Pawlikowski y dirige Agata Trzebuchowska et Agata Kulesza avec une sécheresse qui a naturellement plu à tout le monde voulant se sentir purifié par le dépouillement. Trzebuchowska y est superbe de fixité troublée ; Kulesza, plus terrestre, plus dure, donne au film sa vraie densité. Pawlikowski, avant Cold War, construit un monde si épuré qu’il semble parfois enlever au réel toute impureté résiduelle. C’est très beau. C’est aussi très conscient de sa beauté morale.
2013 est aussi l’année où l’Europe continue de digérer les débats sur mémoire, nationalisme et dette historique dans un contexte de crise politique et identitaire grandissante. Ida arrive là comme une miniature d’une pureté exemplaire, un film qui offre à la mémoire un cadre où rien ne dépasse, rien ne déborde, rien ne salit trop le plan. L’effet est saisissant. Il est peut-être un peu trop propre pour des questions aussi sales.
Le film impressionne par sa retenue. Mais cette retenue tourne par moments au règlement intérieur de la gravité. On regarde l’Histoire à travers des cadres si soigneusement composés que l’on sent presque le geste du musée avant celui du deuil. Ida est puissant, oui. Il est aussi parfaitement calibré pour l’idée que le sérieux doit être minimaliste pour compter double.
🎬 Le saviez-vous ?
un cadreur auxiliaire aurait été repris par la production après avoir proposé “deux centimètres de ciel en trop”, jugés dangereux pour l’économie spirituelle du plan.