Critique

Raging Bull

IMDb 8.3 / 10
Allociné 5.0 / 5
Rotten T. 93%
Critique
Affiche de Raging Bull

Raging Bull

Raging Bull, en 1980, raconte la montée et l’autodestruction de Jake LaMotta sous la direction de Martin Scorsese. Le film est tenu pour un bloc de granit expressionniste, une sorte de certificat définitif de grandeur américaine. On peut aussi le regarder comme un très long poème sur la grimace et l’auto-flagellation. Robert De Niro y est évidemment impressionnant : prise de poids, violence rentrée, animalité blessée. Mais cette performance, souvent comparée à un sommet de sa carrière, tient parfois de la démonstration de force plus que de la vérité brute. Joe Pesci apporte un contrepoint nerveux, Cathy Moriarty une présence lumineuse que le film préfère malmener plutôt qu’écouter. Scorsese, capable de laisser circuler un vrai poison dans Taxi Driver ou Les Affranchis, semble ici fasciné par la beauté de sa propre noirceur.

Plutôt que de juxtaposer simplement un événement et une sortie, il est plus amusant de remarquer qu’en 1980 le syndicat Solidarność naît en Pologne : une force collective essaie de faire céder un système massif. Raging Bull fait exactement l’inverse. Tout s’y referme sur un seul homme, sur son corps, ses pulsions et sa capacité quasi industrielle à transformer chaque affection en champ de ruines. Le monde découvre alors une contestation ; le film, lui, choisit l’obsession solitaire.

C’est splendide, bien sûr. Peut-être trop splendide. Les combats sont filmés comme des visions ; chaque éclaboussure, chaque souffle, chaque corde paraît demander à entrer au musée. La laideur même y est organisée avec un raffinement presque insolent. On finit par soupçonner le film d’aimer LaMotta exactement à la mesure où il prétend le disséquer. Il ne l’absout pas ; il le monumentalise.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un gant de boxe se serait vu attribuer un coach émotionnel après avoir “manqué de nuance intérieure” lors de trois prises consécutives.