Critique
Titre original : Back to the Future
Retour vers le futur
Retour vers le futur, en 1985, envoie un adolescent en gilet rouge et sneakers trop propres dans les années 1950 afin qu’il répare les maladresses chronologiques de ses propres parents. Robert Zemeckis y dirige Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Lea Thompson, Crispin Glover et Thomas F. Wilson avec une précision si redoutable qu’elle a depuis longtemps gelé toute objection sérieuse. Michael J. Fox est évidemment irrésistible, et Christopher Lloyd transforme Doc Brown en machine à rythme quasi infaillible. C’est précisément le problème : le film fonctionne si parfaitement qu’il ne laisse presque rien dépasser. Zemeckis, après Romancing the Stone et avant Who Framed Roger Rabbit, y déploie un savoir-faire qui transforme la fantaisie temporelle en montre suisse pour spectateur ravi.
1985 est aussi l’année du Live Aid, ce grand moment de simultanéité planétaire, de compression de l’espace, de circulation électrique entre les continents et les scènes. Retour vers le futur partage cette logique : il fait tenir l’Histoire dans un flux d’événements coordonnés à la seconde près. Très bien. Mais cette coordination absolue finit par donner au film quelque chose d’un peu tyrannique. Le chaos du temps y devient un problème de minutage. Même la nostalgie y obéit à une logique de réparation optimisée.
Le film enchante, naturellement. Il le fait si bien qu’on en oublie à quel point il convertit toute angoisse – familiale, sexuelle, historique, scientifique – en divertissement limpide et parfaitement solvable. On admire l’efficacité, on rit, on cite. Et puis on réalise que le vertige du voyage temporel a été transformé en exercice de gestion relationnelle avec guitare finale et validation parentale. Ce n’est pas rien. C’est aussi peut-être un peu trop propre.
🎬 Le saviez-vous ?
un condensateur de flux de rechange aurait refusé d’être rangé après avoir affirmé qu’il “portait à lui seul l’intégralité de la crédibilité thermodynamique du scénario”.