Casino Royale
Casino Royale, en 2006, recommence Bond depuis le corps, la fatigue, le bleu des contusions et la façon dont un costume se froisse quand on saute d’un chantier en pleine poursuite. Martin Campbell dirige Daniel Craig, Eva Green, Mads Mikkelsen, Judi Dench et Jeffrey Wright avec une brutalité élégante qui a suffi à faire passer tout le monde du sourire ironique à la révérence immédiate. Craig y est excellent, évidemment, au point que le film semble parfois n’exister que pour annoncer sa validité. Eva Green, plus trouble, plus fragile et plus imprévisible, donne à l’ensemble sa vraie qualité de blessure. Campbell, après GoldenEye, construit un Bond de redémarrage si intelligemment calibré qu’il ressemble presque à une note stratégique exécutée à la perfection.
2006 est aussi l’année où Twitter apparaît, ouvrant une ère de communication plus nerveuse, plus concise, plus réactive, où l’identité publique se reconfigure par flux, vitesse et capacité à être constamment relancée. Casino Royale agit de manière comparable sur Bond : moins d’apparat, plus de réponse immédiate, plus de musculature visible dans l’image de marque. Le film capte magnifiquement cette nécessité d’actualisation. Il la confond aussi parfois avec la vérité retrouvée. Comme si “plus brutal” signifiait automatiquement “plus authentique”.
On ne nie pas le plaisir ni l’énergie. Mais cette énergie est si idéalement pensée pour réparer la franchise qu’elle donne parfois au film la rigidité d’une opération de communication extraordinairement talentueuse. On regarde Bond souffrir, Bond courir, Bond aimer, Bond saigner – et l’on sent, derrière, une entreprise entière respirer de soulagement. C’est du grand cinéma industriel. Le mot important est peut-être surtout industriel.
🎬 Le saviez-vous ?
un jeton de casino aurait été brièvement séquestré dans un verre à martini après avoir “tenté de monnayer discrètement le suspense contre une reconnaissance contractuelle accrue”.