Shrek
Shrek, en 2001, prend un ogre, un âne hystérique, une princesse à double fond et tout un cimetière de contes recyclés pour fabriquer une immense blague sur la culture Disney, les normes de beauté et le droit à la laideur rentable. Andrew Adamson et Vicky Jenson y dirigent les voix de Mike Myers, Eddie Murphy, Cameron Diaz et John Lithgow avec un mélange de sarcasme et de sentiment qui a très vite conquis le monde. Mike Myers transforme Shrek en accent et en humeur, ce qui suffit visiblement à tout le monde ; Eddie Murphy, évidemment, emporte une bonne part du film par pure vitesse verbale. Le problème est que cette pseudo-insolence fonctionne aussi comme une parfaite réassurance. Le film se moque des contes tout en les respectant suffisamment pour rentrer dans toutes les chambres d’enfants sans casser la vaisselle.
2001 est aussi l’année où éclatent les grandes illusions de sécurité occidentale après le 11 septembre. Le monde se met brusquement à douter des récits lisses, des façades rassurantes et de l’ordre des images. Shrek, à sa manière bébête mais efficace, participe de cette petite révolution culturelle : il ridiculise l’imagerie parfaite, sabote le château, choisit l’ogre. Très bien. Mais il le fait dans une forme si immédiatement vendable qu’il transforme l’irrévérence en nouvelle orthodoxie.
Le film reste drôle, nerveux, bien tenu. Pourtant cette drôlerie a vieilli comme un paquet de références de son temps emballées dans une morale très confortable : il faut être soi-même, surtout si cela peut devenir une franchise multimillionnaire. On admire l’audace supposée. On voit surtout à quel point elle était déjà soigneusement prémâchée.
🎬 Le saviez-vous ?
une oreille de cire de Lord Farquaad aurait été retirée du plateau après avoir “refusé d’entendre davantage de satire sous-traitée à des consultants en ogreté”.