Her
Her, en 2013, fait tomber un homme seul amoureux d’un système d’exploitation, autrement dit transforme la mélancolie post-urbaine en romance assistée par interface. Spike Jonze dirige Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams, Rooney Mara, Olivia Wilde et Chris Pratt dans un monde si doux, si tactile, si élégamment dépressif qu’on a presque oublié de le soupçonner d’être une brochure de sensibilité premium. Joaquin Phoenix y est admirable, évidemment, dans un état de fragilité à mi-chemin entre le chagrin et la chemise bien coupée. Johansson, pure voix, donne au film sa plus belle illusion : celle d’une présence sans corps plus vivante que la plupart des humains cadrés.
2013 est aussi l’année où les révélations Snowden explosent et rappellent brutalement que nos interfaces ne sont pas seulement des surfaces de désir mais des dispositifs de captation et de pouvoir. Her arrive exactement à ce moment, et choisit l’angle le plus séduisant : non pas la peur, mais la consolation. Le film est très fort là-dessus. Il transforme l’avènement de l’intelligence machinique en objet de douceur mélancolique, comme si la grande catastrophe de l’intime numérique devait avant tout se vivre dans des tons pastels.
Le résultat est beau, intelligent, très bien joué. Il est aussi un peu trop content de sa propre délicatesse. Spike Jonze filme la solitude contemporaine comme une marque de luxe triste. Même la catastrophe sentimentale avec l’IA semble sortir d’un showroom parfaitement éclairé. On est ému, oui. On sent aussi que l’émotion a été designée avec un soin presque trop amoureux de son propre bon goût.
🎬 Le saviez-vous ?
une oreillette de rechange aurait été suspendue après avoir “développé un attachement non contractuel à trois membres de l’équipe son”.