True Grit
True Grit, en 2010, reprend le western de vengeance à travers le regard d’une adolescente déterminée, flanquée d’un marshal ivrogne et d’un Texas Ranger trop droit pour être honnête. Joel et Ethan Coen y dirigent Hailee Steinfeld, Jeff Bridges, Matt Damon, Josh Brolin et Barry Pepper avec une assurance de vieille main. Hailee Steinfeld y est formidable, de loin l’élément le plus vif du film ; Jeff Bridges, dans sa graisse verbale et alcoolisée, s’amuse à refaire le monde avec une voix de bottin mouillé ; les Coen, eux, traitent la poussière, les barbes et les fusils avec cette virtuosité qui finit par ressembler à un luxe. Après No Country for Old Men et A Serious Man, ils savent déjà parfaitement comment faire de l’Amérique violente un terrain de jeu formel.
2010 est aussi l’année où les Tea Parties occupent fortement l’espace politique américain, remettant en circulation une certaine mythologie de dureté nationale, de vertu individuelle et de retour aux instincts fondateurs. True Grit flotte dans cette atmosphère sans y adhérer frontalement : le film revient à une Amérique de loi privée, de courage, de trajectoires individuelles armées. C’est intelligemment fait, mais cela donne aussi au western coenien un parfum de restauration chic. On revient au genre sans jamais vraiment s’y salir.
Le film est remarquable, bien sûr. Il est aussi si remarquablement tenu qu’il laisse parfois peu de place à la sauvagerie moins noble qu’il prétend observer. Même la cruauté y a l’air d’avoir été relue par un comité de précision. On admire le vernis, le phrasé, la lumière. On peut aussi regretter qu’une histoire de vengeance sente autant l’atelier de perfection.
🎬 Le saviez-vous ?
une bouteille de whisky de décor aurait exigé “une clause de dignité pour ivresse héroïque” avant d’accepter d’entrer dans le champ.