Metropolis
Metropolis sort en 1927 et fait mine de nous montrer l’avenir : une ville verticale, des classes séparées par l’architecture, un fils de maître hypnotisé par la condition ouvrière, un double mécanique qui précipite la catastrophe. Fritz Lang y déploie une imagerie si puissante qu’elle a fini par avaler presque tout le reste. Brigitte Helm, fascinante en Maria et en faux automate, domine de très loin Gustav Fröhlich et Alfred Abel, dont les compositions paraissent parfois écrites au burin. Lang, que l’on reverra plus sec et plus nerveux dans M le Maudit ou Le Testament du docteur Mabuse, choisit ici l’énorme, le vertical, le symbolique, au point de faire passer ses personnages pour des panneaux indicateurs dotés de jambes.
Le voisinage historique, ici, appelle moins le contraste que la contagion imaginaire. 1927, c’est aussi l’année du vol transatlantique de Charles Lindbergh, moment où la technique semble promettre un monde soudain plus vaste. Metropolis partage cette foi inquiète dans les machines, mais il la maquille d’un expressionnisme si spectaculaire qu’on hésite entre la prophétie et la foire universelle sous amphétamines. Tandis qu’un avion réel raccourcit l’océan, Lang bâtit une cathédrale de pistons et d’ascenseurs pour nous rappeler que le progrès adore écraser quelqu’un au passage.
Reste un film immense, mais immense comme un bâtiment public dont on admire la façade en oubliant de demander si l’on y habiterait volontiers. Tout y est pensé à l’échelle du mythe, ce qui a pour inconvénient de réduire l’émotion à un signal lumineux. On sort écrasé, moins remué que sommé d’applaudir. C’est déjà beaucoup, et peut-être un peu trop.
🎬 Le saviez-vous ?
un ascenseur de décor aurait refusé de monter les acteurs qui n’exprimaient pas correctement la lutte des classes, obligeant l’équipe à négocier avec lui à l’aide d’un mégaphone en velours.