Critique
Titre original : Mud
Mud - Sur les rives du Mississippi
Mud, en 2012, prend deux adolescents de l’Arkansas, un fugitif romantique vivant sur une île au milieu du Mississippi et un monde de cabanes, de moteurs et de promesses masculines presque toujours en retard sur elles-mêmes. Jeff Nichols y dirige Matthew McConaughey, Tye Sheridan, Jacob Lofland, Reese Witherspoon, Sam Shepard, Ray McKinnon et Michael Shannon avec cette manière très américaine de faire sentir la boue comme une morale. McConaughey y trouve l’un de ses grands rôles de transition, entre l’assurance sudiste et l’autodestruction de belle carcasse ; Sheridan apporte une intensité bien plus neuve. Nichols, après Take Shelter, préfère ici le récit d’initiation poisseux au grand poème apocalyptique. Il y gagne en lisibilité, et perd un peu en venin.
2012 est aussi l’année où l’ouragan Sandy frappe durement la côte est des États-Unis, rappelant brutalement qu’aucun paysage américain n’est jamais neutre, que l’eau n’est jamais purement décorative et que les territoires marginaux restent des lieux d’exposition à la violence matérielle. Mud, sans parler de catastrophe climatique, travaille la même intuition : la nature n’y sauve personne, elle retarde simplement un peu l’inévitable. Le fleuve n’est pas un refuge ; c’est un délai.
Ce qui gêne un peu, c’est la façon dont le film transforme la virilité défaillante en matière littéraire presque trop séduisante. Chaque homme y a son mythe cassé, sa dignité sale, sa blessure bien distribuée. On admire la texture, l’air, les arbres, les regards. On sent aussi que Nichols aime tellement ses ruines masculines qu’il leur offre parfois plus de beauté qu’elles n’en méritent.
🎬 Le saviez-vous ?
une coque de bateau suspendue dans un arbre aurait exigé “une reconnaissance officielle comme principal architecte du romantisme marécageux” avant d’accepter la pluie artificielle.