Critique

Le Havre

IMDb 7.2 / 10
Allociné 4.1 / 5
Rotten T. 99%
Critique
Affiche de Le Havre

Le Havre

Le Havre, en 2011, regarde un cireur de chaussures retraité protéger un adolescent migrant dans une ville portuaire filmée comme un conte social pastel, avec André Wilms, Kati Outinen, Jean-Pierre Darroussin et Blondin Miguel. Aki Kaurismäki y déploie sa ligne la plus connue : visages immobiles, dialogues secs, couleurs qui ont l’air d’avoir lu Prévert sous perfusion. André Wilms y est formidable, bien sûr, dans cette manière d’être triste comme un meuble digne ; Kati Outinen apporte une douceur qui semble toujours arriver de très loin. Le problème est que Kaurismäki sait tellement bien être Kaurismäki que le film finit parfois par ressembler à une édition de luxe de sa propre morale.

2011 est aussi l’année où les débats européens sur l’immigration, les frontières et la circulation des corps s’enveniment de plus en plus, pendant que les printemps arabes redessinent les routes de l’exil et les peurs politiques du continent. Le Havre prend ce matériau brûlant et le convertit en parabole ouatée, presque fraternelle par principe. C’est noble. C’est aussi un peu confortable : le monde réel est sale, tendu, bureaucratique ; le film préfère répondre par une humanité de vitrine, belle, sèche, admirablement cadrée.

On aime le film pour sa pudeur, son humour oblique, sa simplicité. On peut aussi sentir que cette simplicité relève d’une haute fabrication. Tout y est réglé pour que l’émotion reste propre, que la solidarité demeure une possibilité photogénique. Même la misère y a une bonne tenue. C’est touchant, mais presque trop bien repassé pour le sujet.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un cirage de plateau aurait été retiré du décor après avoir prétendu “mieux comprendre la dignité ouvrière que l’ensemble du département scénario”.