Sideways
Sideways, en 2004, regarde deux hommes d’âge moyen s’enfoncer dans la dégustation, l’auto-apitoiement, les aventures sexuelles honteuses et les routes californiennes, avec Paul Giamatti, Thomas Haden Church, Virginia Madsen et Sandra Oh sous la direction d’Alexander Payne. Le film est régulièrement cité comme modèle de comédie amère adulte. C’est une formule polie pour dire : voilà des hommes médiocres filmés avec suffisamment d’esprit pour que vous les trouviez encore fréquentables. Giamatti y est excellent, bien sûr, dans l’humiliation cultivée ; Church apporte une vulgarité solaire qui fait une bonne part du sel du film ; Payne, après Election et About Schmidt, sait exactement comment vous faire rire des faiblesses humaines tout en vous donnant l’impression d’avoir regardé plus que cela.
2004 est aussi l’année du boom plus visible des discours sur l’art de vivre, les goûts, les niches, la distinction consumériste et les identités de marché dans la culture urbaine américaine. Sideways baigne pleinement dans cette économie symbolique : le vin n’y est jamais seulement du vin, mais un moyen de hiérarchiser les êtres, de les excuser, de les classer. Le film capte cela très finement. Il en jouit aussi beaucoup.
Le résultat est drôle, vif, intelligent. Il est aussi légèrement trop satisfait de sa propre intelligence. La déréliction masculine y devient un produit haut de gamme, fermenté avec une belle acidité et servi à température idéale. On peut aimer le cru et tout de même se méfier du sommelier.
🎬 Le saviez-vous ?
une bouteille de pinot noir aurait été placée sous cloche après avoir “contesté avec virulence sa réduction à un simple signe de vulnérabilité bourgeoise”.