Incendies
Incendies, en 2010, transforme un testament maternel en enquête généalogique à travers un Moyen-Orient sans nom trop lisible, où la guerre, le secret et la filiation se nouent avec une cruauté presque trop parfaite. Denis Villeneuve y dirige Lubna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxim Gaudette et Rémy Girard avec une gravité qui a suffi à sanctifier le film bien avant qu’on ait fini d’en digérer les coups. Lubna Azabal, immense, porte à elle seule une bonne part de la rage du projet ; Villeneuve, avant Prisoners, Sicario et Arrival, affiche déjà son goût pour les récits qui se referment comme des pièges élégants. C’est impressionnant. C’est aussi une manière très calculée de transformer la tragédie historique en architecture de révélation.
2010 est aussi l’année où les braises du Proche-Orient et des conflits hérités restent au cœur de l’actualité mondiale, juste avant que les printemps arabes ne redessinent violemment la carte émotionnelle et politique de la région. Incendies arrive à ce moment-là avec une proposition puissante : ramener la géopolitique au ventre, à la mère, à la langue, à l’origine. Très fort. Mais ce grand retour à l’intime se fait avec une mécanique de destin si impeccablement tragique qu’elle finit par donner aux guerres réelles l’apparence d’une démonstration de scénario.
Le film écrase, remue, marque. On peut aussi sentir que Villeneuve aime énormément l’idée du choc final, du secret si total qu’il aspire tout le reste. La violence du monde y devient une machine de dévoilement presque trop satisfaisante dans sa noirceur. On ne sort pas indemne ; on sort aussi très conscient d’avoir vu une horloge tragique tourner à la seconde près.
🎬 Le saviez-vous ?
une enveloppe testamentaire de secours aurait été mise sous coffre après avoir “essayé de redistribuer seule les filiations du récit pendant la pause repas”.