Critique
Titre original : The Secret of Kells
Brendan et le secret de Kells
Brendan et le secret de Kells, en 2009, prend l’enluminure, la forêt, les moines et les peurs de l’obscur pour fabriquer un poème graphique sur la création et la survie des images. Tomm Moore et Nora Twomey dirigent les voix de Brendan Gleeson, Evan McGuire, Mick Lally et Christen Mooney avec une foi artisanale qui explique en partie la dévotion dont le film fait l’objet. Visuellement, c’est splendide, évidemment. Presque trop : chaque cadre semble avoir été dessiné pour convaincre les adultes qu’ils ont le droit d’aimer l’animation à condition qu’elle ressemble à un manuscrit sacré sous verre. Moore, avant Song of the Sea et Wolfwalkers, sait déjà faire du motif une morale.
2009 est aussi l’année où la numérisation des patrimoines culturels s’accélère partout, avec l’idée que préserver, scanner, archiver, diffuser les trésors visuels devient une mission mondiale. Brendan et le secret de Kells s’inscrit magnifiquement dans ce climat, mais à rebours : il revient au geste de la main, à la ligne, à la page, au savoir fragile menacé par la violence. C’est une très belle proposition. C’est aussi une œuvre qui connaît parfaitement la valeur symbolique de son propre artisanat et la met en avant avec une certaine coquetterie pieuse.
Le film touche, émerveille, rassure les amateurs de beauté graphique. Il le fait au point de rendre le danger presque trop décoratif. Même les ténèbres y ont l’air d’avoir été composées par un comité de style celtique très inspiré. On contemple avec gratitude ; on tremble un peu moins qu’annoncé.
🎬 Le saviez-vous ?
une initiale enluminée de répétition aurait été retirée du décor après avoir “revendiqué la priorité théologique sur l’ensemble des spirales secondaires”.