District 9
District 9, en 2009, prend une invasion extraterrestre ratée, la transforme en bidonville administratif et observe un petit bureaucrate blanc glisser dans une autre condition au contact de la ségrégation qu’il appliquait. Neill Blomkamp y dirige Sharlto Copley, Jason Cope, Vanessa Haywood et Robert Hobbs avec une brutalité de faux reportage qui a immédiatement semblé neuve. Copley y est très bon, d’une nervosité grotesque et pathétique qui sauve beaucoup ; Blomkamp, en sortant du court Alive in Joburg, sait exactement comment mélanger satire, CGI sale et panique physique. Il le sait si bien que le film finit parfois par exhiber sa trouvaille plus qu’il ne la creuse.
2009 est aussi l’année où l’Afrique du Sud vit encore à l’ombre symbolique très active de l’après-apartheid, avec des débats persistants sur les inégalités, l’espace urbain et les héritages structurels du régime. District 9 est évidemment branché là-dessus, et sa transposition fonctionne fort. Mais elle fonctionne parfois un peu trop comme une machine conceptuelle brillante : l’allégorie est tellement lisible qu’elle confère au film une avance morale presque automatique. Comme si l’on n’avait plus qu’à applaudir l’idée.
Le résultat est énergique, brutal, souvent inventif. Il est aussi très satisfait de sa propre intelligence politique. La chair mutante, les baraquements, les papiers tamponnés, tout est à sa place pour faire surgir le sens. On admire le dispositif. On sent aussi la jouissance de l’ingénieur de parabole au travail.
🎬 Le saviez-vous ?
une prothèse de tentacule aurait été mise en quarantaine après avoir “essayé d’obtenir un permis de résidence dramaturgique séparé du département effets spéciaux”.