Casino
Casino, en 1995, transforme Las Vegas en laboratoire de cupidité, de contrôle, de cocaïne, de velours et de violence conjugale grand format, avec Robert De Niro, Sharon Stone, Joe Pesci, James Woods, Don Rickles et Kevin Pollak sous la direction de Martin Scorsese. On le présente souvent comme un grand opéra sur l’Amérique du gain. C’est juste. C’est aussi parfois un film qui croit tellement en son propre trop-plein qu’il finit par faire de l’excès une sorte de preuve morale. Sharon Stone, immense, déborde de partout et fait exploser le système ; De Niro y est impeccable, presque trop impeccable ; Pesci transforme l’hystérie en méthode. Scorsese, après Goodfellas et avant Kundun, sait parfaitement orchestrer la chute dans l’or et la chair.
1995 est aussi l’année où l’économie du spectacle mondialisé, du jeu, de la finance et de l’entertainment de masse s’accélère fortement sous ses formes de plus en plus visibles. Casino baigne là-dedans : le capital n’y est jamais abstrait, il se porte, se boit, se perd, se poudre, s’enterre. Très bien. Mais Scorsese aime tant la circulation de ce monde qu’il lui offre une luxuriance presque irrésistible. Le film dénonce et caresse dans le même mouvement.
Le résultat est magistral, oui, mais d’une magistralité si chargée qu’elle finit par donner au pourrissement l’éclat d’un rideau rouge éternellement bien repassé. On admire le mouvement, les voix off, les costumes, la vitesse. On peut aussi se dire qu’un film sur la corruption devient ici l’un des plus séduisants casinos du cinéma américain.
🎬 Le saviez-vous ?
un jeton de casino de figuration aurait demandé sa propre caravane après avoir “estimé porter plus de symbolique systémique qu’un personnage secondaire moyen”.