Critique
Titre original : Nightcrawler
Night Call
Night Call, en 2014, fait d’un homme vide un entrepreneur de l’horreur médiatique, armé d’une caméra, d’une voiture et d’une capacité illimitée à transformer le malheur des autres en opportunité concurrentielle. Dan Gilroy y dirige Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Riz Ahmed et Bill Paxton avec une précision glacée qui explique largement le prestige du film. Gyllenhaal y est formidable, maigre, reptilien, trop formidable presque : sa performance absorbe tout. Russo apporte une intelligence plus sale, plus adulte, très précieuse. Gilroy, pour un premier long métrage, sait parfaitement où il frappe : sur la faim d’images, sur la morale de l’entreprise de soi, sur le journalisme devenu prédateur.
2014 est aussi l’année où les débats sur les chaînes d’information en continu, la viralité des images et la violence comme carburant de l’économie attentionnelle sont devenus presque banals. Nightcrawler ne les découvre pas ; il les cristallise. Le film est d’une lucidité efficace. Peut-être trop efficace. À force de montrer si bien son monstre médiatique, il finit aussi par lui offrir une ligne d’action assez brillante pour que l’on admire sa startup du macabre.
C’est un excellent film, sans doute. C’est aussi un film qui convertit très habilement la critique du sensationnalisme en sensationnalisme de haute qualité. Chaque scène nous dit : voyez comme c’est abject. Et chaque scène est filmée avec une exactitude qui rend cette abjection admirablement consommable. Le piège est là, et il est un peu trop bien tendu.
🎬 Le saviez-vous ?
une caméra de secours aurait été confisquée après avoir “commencé à proposer seule des angles plus compétitifs sur les faux accidents”.