Critique
Titre original : Moneyball
Le Stratège
Le Stratège, en 2011, transforme l’analyse de données baseball en fable sur l’intelligence contrariée, la gestion de marché et la noblesse paradoxale des statistiques. Bennett Miller y dirige Brad Pitt, Jonah Hill, Philip Seymour Hoffman, Robin Wright et Chris Pratt avec une sobriété qui a immédiatement fait croire à tout le monde qu’on assistait à un grand film sur l’Amérique contemporaine. Brad Pitt y est extrêmement séduisant dans la lassitude active ; Jonah Hill, plus touchant qu’on l’attendait, donne au film son meilleur déséquilibre. Miller, après Capote et avant Foxcatcher, filme les bureaux, les tableaux blancs et les contrats avec une gravité presque trop propre. Comme si les chiffres, enfin, pouvaient accéder au beau.
2011 est aussi une année de post-crise financière, où la culture économique, la data, l’optimisation et la performance chiffrée ont pénétré profondément le langage commun. Moneyball apparaît alors comme l’un des grands films de la rationalisation douce : il vend très bien l’idée qu’un système injuste peut être mieux compris, donc presque moralement redressé, par les bons tableaux Excel. Très séduisant. Et un peu dangereux, tant cette élégance analytique donne aux rapports de force structurels l’air de simples problèmes de méthode.
Le film est intelligent, drôle, remarquablement écrit. Il est aussi profondément apaisant dans sa manière de raconter le capitalisme sportif comme un terrain où les outsiders triomphent par l’esprit. C’est beau comme une feuille de calcul gagnante. C’est peut-être aussi un peu trop réconcilié avec les règles du jeu.
🎬 Le saviez-vous ?
un tableau de statistiques aurait été remplacé après avoir “essayé d’optimiser la répartition des répliques selon la valeur WAR des personnages”.