Critique
Titre original : Hugo
Hugo Cabret
Hugo Cabret, en 2011, transforme une gare parisienne en horloge sentimentale où un orphelin, une clef en forme de cœur et le fantôme de Georges Méliès réconcilient Martin Scorsese avec l’enfance, la mémoire du cinéma et la 3D familiale. Asa Butterfield, Chloë Grace Moretz, Ben Kingsley, Sacha Baron Cohen, Emily Mortimer et Jude Law y évoluent avec un sérieux de féerie patrimoniale qui a immédiatement séduit les professionnels du cinéma, ce qui se comprend : un film sur l’origine du médium a toujours un avantage stratégique dans une salle de projection. Kingsley est très bon, Moretz apporte une vivacité utile, mais Scorsese, après Shutter Island, filme ici avec une dévotion si visible qu’il transforme le musée en cathédrale d’émotion guidée.
2011 est aussi l’année où l’on assiste à une généralisation plus visible du numérique et de la restauration patrimoniale dans les cinémathèques, plateformes et discours sur l’archive. Hugo Cabret arrive précisément à ce moment, et il le comprend parfaitement : à l’heure où le cinéma bascule encore une fois dans une autre matière, Scorsese raconte l’enfance du médium comme si elle devait sauver moralement son présent. C’est noble. C’est aussi très commode. Le film vous rappelle que vous aimez le cinéma avant même de vous demander si vous aimez ce film-là.
Le résultat est splendide, mais presque trop impeccable dans sa manière de vous amener au bon sentiment au bon moment. L’automate, la neige, les rails, les bobines, tout travaille ensemble à produire une émotion de conservation. Même la poussière y sent le budget. On admire énormément. On sent aussi qu’il est interdit de ne pas s’émerveiller devant un tel album de famille.
🎬 Le saviez-vous ?
un automate de répétition aurait été débranché après avoir “réclamé un droit moral sur l’ensemble de la mémoire cinéphile mobilisée par le troisième acte”.