Scream
Scream, en 1996, égorge le slasher à coups de téléphone, de règles énoncées à voix haute et de lycéens suffisamment cultivés pour citer les films qu’ils sont en train de rejouer. Wes Craven dirige Neve Campbell, Courteney Cox, David Arquette, Skeet Ulrich, Matthew Lillard, Jamie Kennedy et Rose McGowan avec une précision si efficace qu’elle a suffi à faire de l’ironie postmoderne une sorte de permission morale pour continuer à tuer des adolescents. Neve Campbell tient très bien la ligne entre vulnérabilité et survie ; Lillard, surtout, comprend que le film fonctionne parce qu’il pousse son hystérie au bord de la caricature. Craven, après A Nightmare on Elm Street et New Nightmare, sait exactement comment retourner le genre sans cesser de l’aimer.
1996 est aussi l’année où Internet commence à devenir un espace culturel plus fréquent, où les communautés de fans, les discussions méta et les savoirs de niche circulent autrement. Scream appartient pleinement à cette phase. Il transforme la culture de spectateur averti en moteur narratif. Très bien. Mais cette intelligence de la référence finit aussi par servir de paravent à un nouveau conformisme : le film vous apprend qu’on peut être malin tout en consommant exactement les mêmes meurtres qu’avant.
Le film reste drôle, nerveux, important. Il est aussi à l’origine d’une longue lignée d’horreurs qui croient qu’expliquer leurs clichés suffit à les transcender. En cela, Scream est peut-être victime de sa réussite : il a rendu l’auto-commentaire tellement séduisant qu’il a fini par l’installer comme norme. Le couteau y gagne un diplôme de théorie. Il coupe toujours pareil.
🎬 Le saviez-vous ?
un téléphone filaire de secours aurait été retiré du plateau après avoir “commencé à spoiler les règles du genre à l’équipe costume sans validation du script supervisor”.