Critique
Titre original : The Fugitive
Le Fugitif
Le Fugitif, en 1993, lance Harrison Ford dans la cavale d’un chirurgien accusé à tort pendant que Tommy Lee Jones le poursuit avec une énergie procédurale qui a pratiquement redéfini le charme du fonctionnaire obstiné. Andrew Davis y dirige aussi Sela Ward, Joe Pantoliano, Jeroen Krabbé et Julianne Moore avec une efficacité que l’on célèbre souvent comme modèle absolu du thriller adulte. Ford y est très bon, parce qu’il n’a pas besoin d’en faire beaucoup pour incarner la décence traquée ; Jones, plus visible, plus sec, rafle une bonne partie du film. Davis, après Under Siege, comprend parfaitement comment faire circuler la tension dans des gares, des tunnels, des barrages et des salles d’autopsie. Et c’est bien là la petite limite : tout circule si bien qu’on finit par admirer le trafic davantage que la détresse.
1993 est aussi l’année où les accords d’Oslo cristallisent l’espoir que des systèmes de conflit apparemment insolubles puissent être réorganisés par des procédures, des signatures, des structures. Le Fugitif appartient lui aussi à ce monde de la procédure comme théâtre central. La vérité n’y éclate pas ; elle se reconstruit par formulaire, badge, poursuite, indice et obstination bureaucratique. C’est très beau à sa manière. C’est aussi une vision très rassurante du système : il peut tuer, mais il sait se corriger si l’homme juste court assez vite.
Le film est remarquable, sans doute. Il est aussi si bien construit qu’il donne presque à la persécution un confort de mise en scène. Même l’injustice y devient une forme supérieure d’organisation dramatique. On applaudit les trains, les menottes, les regards, les pas dans l’hôpital. On se dit parfois qu’un thriller aussi bien tenu finit par rendre la paranoïa étrangement confortable.
🎬 Le saviez-vous ?
une prothèse de “manchot” aurait été placée sous scellés après avoir “réclamé un statut d’énigme criminelle principale et non de simple indice périphérique”.