Critique
Titre original : Eastern Promises
Les Promesses de l'ombre
Les Promesses de l’ombre, en 2007, pénètre la mafia russe londonienne par les couloirs d’un hôpital, les bains, les tatouages et les lignées de pouvoir où les corps servent à la fois de preuves et de contrats. David Cronenberg y dirige Viggo Mortensen, Naomi Watts, Vincent Cassel, Armin Mueller-Stahl et Sinéad Cusack avec une sérénité de chirurgien du malaise. Mortensen y est évidemment fascinant, et l’on comprend pourquoi le film est tant aimé : il offre un acteur nu, dangereux, énigmatique, filmé par un cinéaste qui sait donner au moindre couloir humide une dignité clinique. Naomi Watts, pourtant, apporte une ligne plus terrestre et moins fétichisée. Cronenberg, après A History of Violence, continue ici de transformer les structures criminelles en systèmes biologiques admirablement observables.
2007 est aussi l’année où la mondialisation financière et les flux transnationaux paraissent encore irrésistibles, juste avant leur fissure spectaculaire. Eastern Promises se situe dans cette logique : les mafias y circulent comme des capitaux, les identités comme des écrans, les corps comme des bilans. Le film en tire une vraie puissance analytique. Il en tire aussi une fascination un peu trop soignée pour l’opacité virile, les rites, les signes de peau et la discipline des hommes dangereux.
Le résultat est fort, nerveux, visuellement superbe. Il est aussi très amoureux de sa propre anthropologie du crime. Même les coups y ont l’air d’avoir été documentés dans un carnet de terrain de luxe. On est saisi, oui. On sent aussi Cronenberg regarder ses gangsters comme des insectes rares sous très belle lumière.
🎬 Le saviez-vous ?
un faux tatouage de torse aurait été retiré de la loge après avoir “tenté d’établir sa propre hiérarchie mafieuse sur le stock de maquillage corporel”.