American Beauty
American Beauty, en 1999, transforme la banlieue américaine en serre chaude de désir, d’hypocrisie, de frustration et de vide décoratif, avec Kevin Spacey, Annette Bening, Thora Birch, Wes Bentley, Mena Suvari et Allison Janney sous la direction de Sam Mendes. Le film a longtemps tenu lieu de radiographie suprême de l’Amérique pavillonnaire fin de siècle. C’est dire combien il a été protégé par sa propre capacité à faire sentir sa signification. Spacey y est très bon, certes, mais dans une zone de jeu tellement idéale pour son cynisme qu’on sent parfois le rôle venir à lui comme un fauteuil. Bening, plus nerveuse, plus dangereuse, apporte au film sa vraie fêlure. Mendes, pour son premier long métrage après le théâtre, filme le plastique, les pelouses, les roses et les fantasmes comme s’il voulait faire entrer l’ennui bourgeois au musée.
1999, c’est aussi la fin de siècle, le bug de l’an 2000, l’angoisse diffuse d’un modèle américain à la fois triomphant et vidé de sens. American Beauty prospère exactement dans cette fissure. Le film n’invente pas le malaise suburbain, il le parfume avec un soin redoutable. Son grand talent est de faire croire que la dénonciation de l’artifice passe par une mise en scène encore plus artificiellement séduisante. Les pétales, les cadres, les silences, tout vous dit “voyez comme c’est faux”, avec une telle grâce qu’on a très envie de rester.
Ce qui fatigue un peu aujourd’hui, c’est cette ostentation de profondeur. Le film souligne sa propre lucidité avec l’assurance d’un élève brillant récitant sa dissection de la famille américaine. Il reste fort, bien joué, souvent caustique. Il est aussi si fier de sa vérité qu’il oublie parfois de respirer autrement qu’en symboles.
🎬 Le saviez-vous ?
une rose en plastique aurait été placée sous cloche après avoir “demandé un crédit séparé pour services rendus à la révélation de l’imposture pavillonnaire”.