Critique

Taxi Driver

IMDb 8.3 / 10
Allociné 4.8 / 5
Rotten T. 96%
Critique
Affiche de Taxi Driver

Taxi Driver

Taxi Driver, sorti en 1976, promène Travis Bickle dans une ville de nuit, de néons sales, d’obsessions, de solitude et de violence rentrée. Martin Scorsese y dirige Robert De Niro, Jodie Foster, Cybill Shepherd et Harvey Keitel comme s’il fallait faire monter la fièvre sans jamais ouvrir la fenêtre. Le résultat impressionne, évidemment. Il donne aussi parfois l’impression d’un film qui connaît trop bien son statut de grand poème toxique. De Niro est remarquable, mais d’une manière presque trop exemplaire : chaque regard semble déjà étudié par des générations d’étudiants en cinéma. Jodie Foster, bien plus troublante que le dispositif ne l’autorise, apporte une dureté que le film préfère cadrer comme symptôme. Scorsese, qu’on dit maître du chaos urbain, choisit ici une trajectoire si strictement obsessionnelle qu’elle tourne par instants à l’étude de cas luxueuse.

En 1976, Viking 1 se pose sur Mars. Le monde étend réellement son regard au-delà de la Terre ; Taxi Driver, lui, retourne dans une ville qu’il filme comme une planète hostile, peuplée de signes obscènes et de lumières malades. Le parallèle est presque trop tentant : l’exploration spatiale envoyait un engin vers l’inconnu, Scorsese envoyait De Niro dans Manhattan comme on lâche une sonde nerveuse dans un cratère moral. La différence, c’est que l’une découvrait ; l’autre radotait déjà sa propre apocalypse intérieure.

Le film tient par sa tension, sa texture, son refus des consolations. Mais cette noirceur monomaniaque finit aussi par aplatir tout ce qu’elle touche. On admire la descente ; on voit aussi les rails. L’hallucination a parfois la rectitude d’un plan de métro.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un taxi de figuration aurait refusé de démarrer tant qu’on ne lui écrivait pas un monologue intérieur “plus cohérent avec son carburant existentiel”.