Black Swan
Black Swan, en 2010, prend une danseuse de ballet obsédée par la perfection, la double, l’auto-dévorante et l’entraîne vers un très beau précipice de chair, de plume et de miroir. Darren Aronofsky y dirige Natalie Portman, Mila Kunis, Vincent Cassel, Barbara Hershey et Winona Ryder avec un sérieux expressionniste qui a suffi à rendre le délire corporel parfaitement oscar-compatible. Natalie Portman y est impressionnante, bien sûr, au point que le film semble parfois conçu pour démontrer sa métamorphose comme un programme de prestige. Mila Kunis, plus relâchée, apporte un trouble moins forcé ; Aronofsky, après The Wrestler, remonte très vite vers la stylisation du supplice psychique. Il y prend un plaisir visible.
2010 est aussi une année de plein essor pour les discours sur la performance féminine, l’auto-optimisation, la discipline du corps et le coût psychique de l’excellence dans un monde culturel saturé d’images de perfection. Black Swan entre exactement là, et en tire sa grande force : il comprend que la pression à la pureté est déjà un film d’horreur. Très bien. Mais Aronofsky rend cette horreur si scintillante, si sensuelle, si admirablement photogénique qu’il finit par fétichiser ce qu’il prétend dénoncer.
On admire les ongles, les épaules, la musique, les couloirs, la sueur, les hallucinations. On sent aussi que la souffrance de Nina a été transformée en bijou de très haute intensité. Le film fonctionne comme un écrin de douleur de luxe. On s’y coupe les doigts avec reconnaissance.
🎬 Le saviez-vous ?
une plume noire de costume aurait été retirée du plateau après avoir “tenté d’imposer une souveraineté absolue sur toutes les métaphores de métamorphose”.