Shaun of the Dead
Shaun of the Dead, en 2004, transforme la routine londonienne, la coloc’, le pub et la panne affective en film de zombies d’une précision presque trop gracieuse. Edgar Wright y dirige Simon Pegg, Nick Frost, Kate Ashfield, Lucy Davis, Dylan Moran, Bill Nighy et Penelope Wilton avec une vitesse d’assemblage qui a rendu le film quasiment intouchable pour toute une génération persuadée qu’humour et horreur n’avaient jamais aussi bien cohabité. Pegg y est très juste, Frost irrésistible, et Wright, après Spaced, met en place sa grande machine à raccords intelligents, à gags de montage et à symétries heureuses. Le problème est qu’on admire parfois tellement la mécanique qu’on en oublie un peu la matière.
2004 est aussi l’année de la création de Facebook, moment où les routines sociales, la vie quotidienne et le sentiment d’appartenance commencent à se voir réorganisés par de nouvelles grammaires de communauté. Shaun of the Dead, à sa manière plus moite, est déjà un film sur des gens pris dans une inertie sociale totale, incapables de distinguer la répétition banale du désastre collectif. Il anticipe presque le doomscrolling en jogging gris et pinte tiède.
Le film reste extraordinairement drôle et bien construit. Mais cette construction même lui donne parfois une légère froideur de modèle. Tout y est à sa place, même l’émotion filiale, même le chagrin, même le sang. C’est un triomphe d’écriture et de rythme ; c’est aussi un petit peu une démonstration de supériorité geek devenue trop sûre d’elle.
🎬 Le saviez-vous ?
une batte de cricket de secours aurait exigé une loge séparée après avoir “estimé porter seule l’unité dialectique entre banalité britannique et apocalypse”.