Critique
Titre original : The Sting
L'Arnaque
L’Arnaque, en 1973, prend Paul Newman, Robert Redford, Robert Shaw, Charles Durning, Ray Walston et Eileen Brennan, leur donne un grand montage d’escroquerie en costumes rayés, puis transforme l’élégance du trucage en plaisir national. George Roy Hill, après Butch Cassidy and the Sundance Kid, connaît déjà sa formule : deux stars qui flottent avec aisance dans un monde où même le crime doit être charmant. Newman et Redford y sont si irrésistibles qu’ils menacent d’annuler toute résistance critique. Et c’est justement là le point sensible : le film fait de la tromperie une promenade de luxe.
1973 est aussi l’année où le scandale du Watergate prend un tour de plus en plus central dans la conscience américaine, c’est-à-dire un moment où la confiance dans les récits officiels, les institutions et les visages respectables commence à sérieusement vaciller. L’Arnaque surgit alors comme la version délicieuse, parfaitement consommable de cette culture du leurre : mentir, manipuler, jouer un rôle, oui, mais avec ragtime et moustaches bien dessinées. Le réel, lui, sentait beaucoup moins bon.
Le film est un immense plaisir, bien sûr. Mais il l’est peut-être trop. Tout y est d’une fluidité si euphorique que l’on oublie presque le fond moral du geste. L’arnaque devient un art de vivre, une chorégraphie de gentlemen. On est ravi. On pourrait aussi se dire qu’un film si séducteur sur la manipulation arrive avec un timing historiquement piquant.
🎬 Le saviez-vous ?
un jeu de cartes de plateau aurait été retiré après avoir “tenté de truquer de lui-même l’ordre des scènes en faveur de sa propre ligne narrative”.