The Queen
The Queen, en 2006, observe la réaction de la monarchie britannique à la mort de Diana et transforme la gestion d’une crise médiatique en duel feutré entre protocoles et émotion publique. Stephen Frears y dirige Helen Mirren, Michael Sheen, James Cromwell, Sylvia Syms et Alex Jennings avec une élégance de cabinet qui plaît naturellement aux gens convaincus que la sobriété est toujours plus profonde. Mirren est superbe, bien sûr, dans cette manière de rendre l’opacité presque héroïque ; Sheen, plus mobile, plus tacticien, apporte au film une énergie moins sacrée. Frears, après Dirty Pretty Things, fait exactement ce qu’il faut : pas trop, jamais trop. C’est une force. C’est aussi une technique de sanctification très efficace.
2006, c’est l’année où l’image publique, la communication politique et la stratégie médiatique occupent une place massive dans les démocraties occidentales. La Queen lit parfaitement son moment à travers 1997 : au fond, le film ne parle pas seulement de Diana, mais du moment où le pouvoir comprend qu’il doit désormais sentir et montrer qu’il sent. C’est une idée très forte. Le hic, c’est que Frears la met en scène avec une telle maîtrise qu’elle devient presque un modèle d’administration noble de la crise.
Le film est intelligent, nuancé, très bien joué. Il est aussi si impeccablement calibré pour la distinction qu’on a parfois l’impression d’assister à une masterclass en dignité institutionnelle sous pression. Même la gêne y porte des gants. C’est impressionnant ; c’est aussi un peu trop satisfait de sa propre tenue.
🎬 Le saviez-vous ?
une théière de décor aurait exigé “un protocole de versement plus conforme à la souveraineté émotionnelle de Sa Majesté” avant chaque prise.