Critique

Holy Motors

IMDb 7.1 / 10
Allociné 4.3 / 5
Rotten T. 92%
Critique
Affiche de Holy Motors

Holy Motors

Holy Motors, en 2012, fait passer Denis Lavant d’un rôle à l’autre, d’un corps à l’autre, d’un cinéma à l’autre dans une limousine qui ressemble autant à un corbillard du septième art qu’à une loge roulante d’artiste en pleine fièvre. Leos Carax y dirige aussi Edith Scob, Kylie Minogue, Eva Mendes, Michel Piccoli et Élise Lhomeau avec une liberté qui a immédiatement rendu le film quasi sacramentel chez les amoureux de l’exception. Lavant y est prodigieux, évidemment, et c’est bien ce qui donne au film sa puissance tout autant que sa petite arrogance : tout semble organisé pour démontrer qu’on assiste à une performance totale, donc à un événement. Carax, après Pola X, revient en grand prestidigitateur blessé. Il aime beaucoup qu’on le voie revenir.

2012 est aussi l’année où l’on parle partout de mutation des écrans, de crise du cinéma, de transformation des modes de visionnage et de la disparition possible d’un certain rapport charnel à l’image. Holy Motors prospère directement sur ce climat. Le film n’est pas qu’un objet étrange ; c’est une cérémonie de deuil et de réinvention du médium. Très bien. Mais comme toute cérémonie, elle adore aussi sa propre importance. Chaque rupture de ton semble dire : voyez, nous sommes en train de penser le cinéma pendant que vous regardez.

Le résultat fascine, déroute, reste longtemps en tête. On peut aussi sentir un léger parfum de narcissisme de fin de monde. Carax transforme la crise du cinéma en parade sublime, comme si l’agonie devait d’abord être une affaire de très belle mise en scène. C’est splendide. C’est aussi un peu trop heureux d’être si splendide.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

une limousine de secours aurait été garée à l’écart après avoir “revendiqué l’intégralité de la circulation métaphysique du projet”.