Critique
Titre original : The Shawshank Redemption
Les Evadés
Les Évadés, en 1994, transforme la prison, l’amitié masculine, le tunnel, la patience et la narration à la première personne en machine de consolation presque universelle. Frank Darabont y dirige Tim Robbins, Morgan Freeman, Bob Gunton, William Sadler, Clancy Brown et James Whitmore avec une efficacité si parfaite qu’elle a fini par faire du film une religion de la rédemption pour internautes en quête de citations. Robbins y est très bon, presque trop propre dans son entêtement moral ; Freeman, surtout, donne au film cette chaleur lasse qui explique une large part de son prestige. Darabont, venu de l’adaptation de Stephen King, comprend exactement comment prendre la noirceur et la convertir en ascenseur émotionnel.
1994 est aussi l’année où la politique américaine du crime et de l’enfermement se durcit encore avec le Violent Crime Control and Law Enforcement Act de l’ère Clinton. Les Évadés arrive donc dans un moment où la prison est au cœur d’un imaginaire national bien plus vaste que celui du film. Or le film choisit de traiter l’enfermement comme théâtre moral presque pur : des salauds bien identifiés, des hommes droits, une amitié, un tunnel, la pluie. C’est très fort. C’est aussi une belle opération de simplification spirituelle pour un système autrement plus sale.
Le film fonctionne trop bien pour ne pas éveiller un peu de soupçon. Chaque humiliation prépare sa revanche, chaque détresse sa transcendance. Même la patience y est montée comme un morceau de bravoure. On sort grandi, soulagé, lavé. C’est peut-être le problème : la prison devient ici la plus belle blanchisserie morale du cinéma populaire.
🎬 Le saviez-vous ?
un petit marteau géologique de doublure aurait été placé sous coffre après avoir “tenté de creuser de son propre chef un arc narratif secondaire dans le mur du décor”.