Gladiator
Gladiator, en 2000, prend Russell Crowe général exemplaire, l’envoie dans la boue, les chaînes et le sable, puis transforme son désir de vengeance en opéra romain à très haut rendement. Ridley Scott y dirige aussi Joaquin Phoenix, Connie Nielsen, Oliver Reed, Djimon Hounsou, Richard Harris et Derek Jacobi avec une ampleur dont le succès a fait oublier à quel point elle procède aussi d’une simplification majestueuse. Crowe y est une masse morale impeccable ; Phoenix, plus malade, plus vivant, donne au film ses éclats les plus modernes. Scott, après Thelma & Louise et G.I. Jane, retrouve ici le plaisir de la fresque. Il l’exploite au maximum.
2000 est aussi une année de grande confiance occidentale de fin d’histoire, juste avant la fracture du 11 septembre, où l’Empire, la décadence, l’ordre et le retour du héros blessé constituent des motifs particulièrement recevables. Gladiator profite exactement de cette conjoncture : il donne à la chute romaine une forme qui parle déjà aux fantasmes d’autorité morale et de corruption du centre. Le film sent très bien son moment. Il le flatte aussi avec une gourmandise d’arène.
Tout y est grand, efficace, sonore, magnifiquement poussiéreux. C’est aussi une machine qui simplifie la politique en pureté héroïque contre vice hystérique. On admire les lions, les portes, les cuirasses, les “my name is…” prononcés comme des décrets de festival. On peut aussi se dire qu’un film si ample aime un peu trop les lignes morales bien tracées dans le sable.
🎬 Le saviez-vous ?
une sandale romaine de combat aurait été écartée du plateau après avoir “réclamé un crédit séparé pour services rendus à la mythologie du pas viril”.