Critique

Docteur Folamour

Titre original : Dr. Strangelove Or How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb

IMDb 8.5 / 10
Allociné 4.6 / 5
Rotten T. 98%
Critique
Affiche de Docteur Folamour

Docteur Folamour

Docteur Folamour, en 1964, prend la guerre nucléaire et décide de la traiter comme une farce glacée. Stanley Kubrick dirige Peter Sellers, George C. Scott, Sterling Hayden et Slim Pickens dans un ballet de paranoïas bureaucratiques où le monde peut disparaître pour une chaîne de commandement mal lunée. Tout cela est très brillant, assurément. Presque trop. Sellers, funambule génial, transforme chaque personnage en numéro de précision ; George C. Scott comprend que le film n’existe qu’à condition de charger la satire à bloc ; Kubrick, qui fera plus tard de 2001 un objet de mystère froid autrement plus ample, verrouille ici chaque rire avec une précision de mécanicien. On admire l’intelligence, mais cette intelligence a parfois la politesse crispée des œuvres qui ne veulent jamais être prises en défaut.

Le contexte historique de 1964 n’a pas besoin qu’on le souligne lourdement. L’année du Civil Rights Act aux États-Unis, texte réel, conflictuel, concret, engage un changement institutionnel majeur. Kubrick, lui, préfère montrer un appareil d’État si absurde qu’il pourrait anéantir l’humanité sur malentendu. Entre une loi qui tente péniblement d’agrandir le champ des droits et un film qui réduit le pouvoir à une salle pleine d’enfants gâtés, le contraste vaut toutes les dissertations : le réel répare un peu ; la fiction diagnostique que tout est déjà perdu.

La satire est si efficace qu’elle finit par devenir confortable. Rien ne lui échappe, donc presque rien ne résiste. Le film vous prend de vitesse, vous place au bon endroit, vous fait rire quand il le faut. À force d’être imparable, il produit une petite fatigue : on se sent moins impliqué qu’exécuté par la machine à ironie.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

une maquette de bombe se serait autoproclamée “consultante en panique élégante” après avoir jugé le jeu de Peter Sellers insuffisamment apocalyptique dans l’axe gauche.