The Truman Show
The Truman Show, en 1998, prend un homme ordinaire enfermé dans un programme de télé-réalité à son insu et transforme sa vie pavillonnaire en laboratoire de regard, de contrôle et de confort programmé. Peter Weir y dirige Jim Carrey, Laura Linney, Ed Harris, Noah Emmerich, Natascha McElhone et Holland Taylor avec une élégance de grand récit de concept qui a suffi à transformer le film en quasi-évidence philosophique populaire. Carrey y est remarquable, certes, surtout parce qu’il comprime enfin son énergie dans une tristesse de façade lisse ; Harris, lui, apporte au film une autorité plus inquiétante. Weir, après Witness et Fearless, sait exactement comment rendre l’allégorie respirable. Il sait aussi un peu trop bien comment la vendre.
1998 est aussi l’année où la télé-réalité moderne s’installe de plus en plus dans les imaginaires de masse, avec Big Brother en gestation et une culture médiatique déjà fascinée par l’exposition du quotidien. The Truman Show apparaît alors comme une grande clairvoyance. Il est aussi, très vite, une manière très propre et très flatteuse de critiquer le système médiatique tout en fabriquant un objet parfaitement consommable sur ce même système. Le piège est élégant.
Le film reste intelligent, drôle, souvent émouvant. Il l’est peut-être trop sagement. Tout y est à la bonne place : l’angoisse, la satire, le romance programmé, la sortie finale. Même l’émancipation a l’air d’avoir été storyboardée pour vous faire sentir exactement ce qu’il faut au bon moment. On admire le geste. On sent aussi l’allégorie premium, soigneusement emballée pour multiplexe en quête de profondeur accessible.
🎬 Le saviez-vous ?
un faux ciel de studio aurait été mis sous bâche après avoir “revendiqué l’entière propriété morale de la métaphysique du plafond”.