Critique

Shining

Titre original : The Shining

IMDb 8.4 / 10
Allociné 4.0 / 5
Rotten T. 84%
Critique
Affiche de Shining

Shining

Shining, en 1980, prend un hôtel vide, un écrivain frustré, une famille trop seule et une montagne de neige pour transformer le huis clos domestique en machine à glaciation psychique. Stanley Kubrick y dirige Jack Nicholson, Shelley Duvall, Scatman Crothers et Danny Lloyd avec cette perfection clinique qui a fait du film un temple. Nicholson y est devenu si iconique qu’il finit presque par dévorer le film à lui seul ; Duvall, pourtant, y est la présence la plus troublante, précisément parce qu’elle n’est jamais aussi démonstrative. Kubrick, après Barry Lyndon et avant Full Metal Jacket, orchestre le malaise comme un ingénieur du marbre. Et c’est là que la réserve peut naître : tout y est si impeccablement glacé qu’on admire souvent la chambre froide avant d’éprouver la panique.

1980 est aussi l’année de l’élection de Ronald Reagan, moment où l’Amérique s’apprête à entrer dans une nouvelle ère d’images de réussite, de famille et de puissance conservatrice. Shining arrive à contre-courant comme un cauchemar du foyer américain isolé, retourné contre lui-même. Le contexte lui va admirablement. Il le grandit aussi rétrospectivement : le film devient moins une histoire d’hôtel qu’un grand mausolée de la violence domestique et nationale. Très bien. Mais Kubrick en tire une œuvre si formalement dominatrice qu’elle laisse parfois peu d’air au sale, au pauvre, au raté.

Le film est immense, bien sûr. Il est aussi tellement conscient de sa propre monumentalité qu’il ressemble parfois à une exposition de terreur sous parquet brillant. On se perd dans les couloirs, oui. On se dit aussi que la folie a rarement été aussi bien architecturée. C’est magnifique. C’est un peu trop magnifique pour le désordre qu’il prétend abriter.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un tapis à motifs hexagonaux aurait exigé “une reconnaissance hiérarchique supérieure à celle du labyrinthe extérieur” après trois jours de fixation iconographique excessive.