Gone Girl
Gone Girl, en 2014, prend un mariage déjà pourri, le trempe dans la disparition, le mensonge médiatique et la performance de genre, puis le regarde devenir un grand cirque glacial sur l’identité conjugale. David Fincher y dirige Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Carrie Coon et Kim Dickens avec une netteté venimeuse qui a très vite suffi à faire du film une machine critique idéale. Pike y est superbe, bien sûr, d’une intelligence prédatrice quasi trop parfaite ; Affleck, en bloc de visage public un peu vide, sert admirablement le projet. Fincher, après The Social Network et avant Mank, transforme le roman de Gillian Flynn en scalpel brillant. Peut-être trop brillant.
2014 est aussi l’année où la circulation virale des faits divers, les chaînes d’info, les récits de “femme disparue” et l’économie du commentaire permanent saturent de plus en plus le climat médiatique. Gone Girl est exactement le film qu’il fallait pour cette époque. Il comprend tout : la télévision, le couple comme marque, la fabrication du récit. Et c’est précisément pour cela qu’il prend un léger risque de supériorité. Tout est si bien vu, si bien rangé, si bien acide que l’on admire sans cesse le film de comprendre si bien son monde.
Le résultat est glaçant, drôle, très fort. Mais la perfection finchérienne a toujours ce petit effet secondaire : elle donne au poison une surface si lisse qu’on finit par savourer sa pureté plus que sa dangerosité. Même la monstruosité y devient un objet de design moral. On est captivé, certes. On reste aussi légèrement ébloui par le polissage du venin.
🎬 Le saviez-vous ?
un journal télévisé factice aurait été débranché après avoir “tenté de monter seul sa propre ligne éditoriale sur le mariage comme dispositif de carnage”.