Blade Runner
Blade Runner, en 1982, fait de Los Angeles un marécage néon, pluvieux et vertical où un policier fatigué poursuit des réplicants en crise existentielle. Ridley Scott y dirige Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young, Edward James Olmos, Daryl Hannah, M. Emmet Walsh et Joanna Cassidy avec une maîtrise visuelle si sidérante qu’elle a presque transformé le film en obligation morale de cinéphilie. Hauer y est l’âme véritable, avec une intensité qui déborde de partout ; Ford, lui, paraît parfois presque trop désengagé pour autre chose que son propre cool usé. Scott, après Alien, construit ici le futur définitif de milliers de clips, pubs, mangas et jeux vidéo. Et c’est bien là que le doute peut naître : le film est peut-être aussi plus immense comme matrice d’images que comme récit habité.
1982 est aussi l’année de la récession, des grandes peurs urbaines, de l’accélération technologique et d’un imaginaire de mondialisation déjà dense dans les grandes métropoles. Blade Runner condense cela avec une intelligence visuelle prodigieuse. Il offre un monde où le capital, la pluie acide et la publicité semblent avoir gagné la partie. Magnifique. Mais Scott aime tellement ce monde qu’il lui donne parfois plus d’épaisseur qu’à ses êtres. Même l’aliénation y devient presque habitable pour l’œil.
Le film reste fascinant, bien sûr. Mais à force de le sanctifier comme sommet absolu, on oublie parfois à quel point il avance aussi à travers des trous émotionnels et narratifs que son atmosphère compense. On contemple, on écoute Vangelis, on absorbe la fumée. Le récit, lui, marche parfois derrière la décoration. Très loin derrière.
🎬 Le saviez-vous ?
un panneau publicitaire lumineux de décor aurait été recouvert après avoir “revendiqué la paternité intégrale de l’esthétique cyberpunk mondiale”.