Critique

Sicario

IMDb 7.6 / 10
Allociné 4.0 / 5
Rotten T. 92%
Critique
Affiche de Sicario

Sicario

Sicario, en 2015, prend Emily Blunt idéaliste, la plonge dans la guerre contre la drogue à la frontière mexico-américaine et regarde les institutions de violence la broyer avec une sérénité d’acier. Denis Villeneuve y dirige aussi Benicio del Toro, Josh Brolin, Victor Garber, Daniel Kaluuya et Jeffrey Donovan avec un sérieux si tendu qu’il ressemble parfois à une démonstration de prestige armé. Blunt y est très bonne ; del Toro, évidemment, impose une présence qui finit presque par avaler le film tout entier ; Roger Deakins, à l’image, transforme le crépuscule en argument moral. Villeneuve, après Prisoners et Enemy, comprend très bien comment faire sentir le système comme atmosphère. Il le fait un peu trop bien.

2015 est aussi l’année où les discours sur les frontières, les cartels, les migrations, la sécurité et les logiques d’exception occupent une place énorme dans la politique nord-américaine. Sicario exploite ce climat avec une efficacité redoutable. Le film est moins une exploration qu’une condensation sublime de l’état d’urgence. Très bien. Mais cette condensation donne aussi au chaos une forme si majestueuse qu’on se surprend à admirer la stratégie de la nuit et de l’hélico presque autant qu’on condamne ce qu’elle couvre.

Le film est fort, nerveux, souvent glaçant. Il est aussi légèrement ivre de sa propre gravité. Chaque tunnel, chaque convoi, chaque silence semble dire : regardez comme le monde est pourri, et regardez surtout comme nous savons le filmer. Le malaise passe. La maîtrise, elle, laisse une trace presque trop brillante.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un viseur infrarouge de répétition aurait été retiré du matériel après avoir “tenté de hiérarchiser seul les ténèbres moralement plus rentables”.