Room
Room, en 2015, enferme une mère et son enfant dans une pièce minuscule, puis regarde leur sortie dans un monde plus grand qui n’est pas pour autant plus simple à habiter. Lenny Abrahamson y dirige Brie Larson, Jacob Tremblay, Joan Allen, William H. Macy et Tom McCamus avec une délicatesse de chambre stérile très calculée. Larson y est superbe, bien sûr, à un point qui rend presque automatique le respect critique ; Tremblay, lui, apporte une spontanéité qui échappe parfois joliment au dispositif. Abrahamson, après Frank, filme le trauma comme une matière douce, à manipuler avec prudence, lumière naturelle et plans convenablement respirés. C’est fort. C’est aussi très conscient de sa propre probité.
2015 est aussi l’année où les récits de séquestration, de survie intime et de récupération psychique restent très présents dans l’espace médiatique mondial, entre faits divers et fascination continue pour les sorties du cauchemar. Room prend cette matière et choisit de la purifier en récit de résilience. Le choix est parfaitement défendable. Il est aussi un peu trop bien cadré. Même la terreur y passe par une mise en scène qui semble vouloir garantir au spectateur sa sortie émotionnelle.
Le film bouleverse, évidemment. Mais il le fait avec une propreté de parcours thérapeutique qui arrondit légèrement les angles les plus sales du traumatisme. On est ému par le lit, le lavabo, le tapis, la télévision, le monde dehors. On sent aussi la grande machine à dignité fonctionner avec un soin presque clinique. Le piège est doux. Il est tout de même un piège.
🎬 Le saviez-vous ?
un tapis de chambre aurait été plié et retiré après avoir “revendiqué l’exclusivité des ancrages sensoriels de l’enfance capturée”.