Critique

Impitoyable

Titre original : Unforgiven

IMDb 8.3 / 10
Allociné 4.8 / 5
Rotten T. 96%
Critique
Affiche de Impitoyable

Impitoyable

Impitoyable, sorti en 1992, fait mine de refermer le western en le regardant vieillir : William Munny reprend les armes, Ned Logan l’accompagne, Little Bill administre sa brutalité avec le calme administratif des tyrans locaux. Clint Eastwood filme cela avec une lenteur funéraire qui a convaincu la critique qu’elle assistait à une autopsie définitive du mythe. On peut surtout y voir une élégante entreprise de momification. Eastwood acteur, plus vivant quand il joue la sécheresse sans commentaires inutiles, compose ici un remords si appliqué qu’il finit par sentir la thèse. Gene Hackman, immense par ailleurs, transforme Little Bill en machine d’autorité brillante, presque trop parfaitement réglée ; Morgan Freeman apporte une humanité que le film considère souvent avec une gravité d’exposition.

1992, c’est aussi Maastricht : l’Europe signe un traité pour se réinventer administrativement, avec ses compromis, ses institutions et sa bureaucratie rêveuse. Impitoyable répond à sa manière en montrant qu’aucune communauté ne se fonde sans violence antérieure, sans récit rapiécé, sans mémoire sale. Le rapprochement est évidemment forcé ; il a justement l’avantage de rappeler que le western crépusculaire aime donner à ses règlements de comptes l’air d’un séminaire sur la fondation des sociétés.

Le film est admirablement construit, mais cette admirable construction devient son principal piège. Chaque silence y a l’air d’être déjà une citation ; chaque regard semble attendre son commentaire universitaire. On sort convaincu de l’importance de l’entreprise, moins certain d’avoir vu autre chose qu’une cérémonie superbement habillée autour de la fin d’un genre.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un chapeau de rechange aurait refusé d’entrer dans le cadre tant qu’on ne lui garantissait pas une trajectoire dramaturgique compatible avec sa mélancolie de feutre.