Blue Jasmine
Blue Jasmine, en 2013, fait débarquer Cate Blanchett, veuve d’un monde de luxe, de mensonges et de placements frauduleux, dans la vie plus rugueuse de sa sœur à San Francisco, et transforme cette chute en démonstration de décomposition mondaine. Woody Allen y dirige aussi Sally Hawkins, Alec Baldwin, Bobby Cannavale, Peter Sarsgaard, Andrew Dice Clay et Michael Stuhlbarg avec une cruauté sociale très bien parfumée. Blanchett y est phénoménale, évidemment, à un niveau qui tend à absorber tout débat ; Hawkins apporte une humanité moins spectaculaire mais plus respirable. Allen, après Midnight in Paris et To Rome with Love, se reconnecte ici à sa veine plus acide. Il le fait avec une assurance presque trop contente d’avoir retrouvé sa gravité.
2013 est aussi l’année où les suites de la crise financière continuent de travailler la culture américaine, avec la figure de l’épouse déclassée, du capital fictif et des mondes bourgeois construits sur des bulles morales. Blue Jasmine s’inscrit parfaitement dans cet après-coup. Il comprend admirablement la violence sociale de la chute. Mais il la filme aussi comme un grand rôle de star en voie de désintégration, ce qui donne à la souffrance un prestige un peu trop bien ajusté.
Le film est excellent, drôle, cruel, souvent très juste. Il est aussi tellement conçu comme écrin de performance pour Blanchett qu’on regarde parfois le monde à travers l’aura de son effondrement plutôt qu’à travers la matière sociale elle-même. Tout tourne autour de sa voix, de ses mains, de ses sacs, de ses tremblements. C’est splendide. C’est presque trop centré pour ce que le film prétend disséquer.
🎬 Le saviez-vous ?
un sac à main de luxe de doublure aurait été placé sous coffre après avoir “tenté d’imposer sa propre hiérarchie symbolique au reste de la déchéance”.